À la découverte d’Abraham Underwood, le nouveau procureur de San Andreas
« La justice avant tout. »
La formule est simple, presque trop nette. Et pourtant, c’est celle qu’Abraham Underwood, 37 ans, choisit pour résumer son engagement. Derrière cette phrase-couperet, il y a un homme qui avance avec assurance, des convictions déjà tranchées… et quelques zones d’ombre que son récit laisse volontairement hors-champ.
Un enfant de Sandy, façonné par le droit
Underwood n’a pas grandi dans les quartiers huppés de Los Santos. Il vient de Sandy, « une famille campagnarde », dit-il, un ancrage local qu’il revendique comme une évidence. Un détail intrigue : ses deux parents sont avocats, mais dans le privé. Autrement dit, le droit n’est pas un hasard dans son histoire, c’est un héritage.
Il a grandi à Los Santos – collège et secondaire – avant de partir à Los Angeles, où il découvre « ce que c’était le droit ». La trajectoire est propre, presque académique. Trop propre, peut-être. À UCLA, il obtient son diplôme « assez facilement ». Une manière de minimiser ? Ou de rappeler qu’il n’a jamais douté de sa voie ?
Le déclic : un manuel de citations et une ambition assumée
Quand on lui demande pourquoi devenir procureur, il cite ses parents comme « gros vecteur de motivation »… puis bifurque sur un objet inattendu : The Bluebook | A Uniform System of Citation.
160 pages de tableaux, d’analyses, de commentaires sur de grandes décisions de la Cour suprême. Ce n’est pas un livre qui fait rêver les profanes. Mais pour lui, ça a été une révélation : il y a, dans chaque nation, « des grands hommes » , et il est persuadé qu’il peut en faire partie.
Camala Aris, l’ascension et un appel
Son stage devient une rampe de lancement. Underwood entre dans le cabinet de Camala Aris* et y grimpe jusqu'au poste de procureur adjoint. Il est même « pressenti pour solicitor general ». Puis, un appel. Une opportunité qui se libère à San Andreas.
Il décrit sa décision comme un saut lucide : venir poser une vision, démontrer qu’il peut diriger un bureau, « rendre un État fier » et faire en sorte que la sécurité « puisse régner ».
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La qualité essentielle : rigidité… et souplesse
À la question des qualités, sa réponse est « antinomique » : rigueur et souplesse.
- Rigueur juridique, procédurale, dans les propos.
- Souplesse pour comprendre que la criminalité est aussi liée à des environnements politiques et sociaux.
Mais il pose une frontière nette : tolérance zéro sur les trafics « en tout genre » et la pédocriminalité. « Une décision sur laquelle il ne reviendra pas. »
Le contraste est frappant : empathie affichée pour la petite délinquance, qu’il faut « éduquer », intégrer, convaincre que la loi est là pour l’harmonie, et intransigeance absolue sur certains crimes.
Trois axes annoncés : le programme d’un parquet offensif
Underwood arrive avec une feuille de route en trois axes :
- Trafic d’êtres humains, narcotrafic, armes : un suivi quotidien, anticiper, empêcher l’évolution.
- Pédocriminalité : l’enjeu des réseaux sociaux, les adultes qui recrutent et approchent des mineurs. Il dit mener ce combat depuis son ancien cabinet et veut le poursuivre ici.
- Communication vers les citoyens : transparence, sincérité, pédagogie. Donner des explications sur « les situations qu’ils peuvent vivre ». Éduquer en même temps.
Ce troisième axe est rarement mis en avant par les procureurs. Et c’est peut-être là que se joue une partie de son style : installer un parquet visible, accessible, presque “présent” dans le quotidien.
Deux stratégies : police d’abord, justice ensuite
Sa stratégie se décline en deux leviers.
Levier 1 : les forces de l’ordre. Il insiste sur la compétence, la formation, des équipements récents, des procédures respectées, des arrestations « sans bavures ». Une manière de poser un socle : la chaîne pénale commence sur le terrain.
Levier 2 : un bureau d’enquête interne au bureau du procureur. Objectif : aider les enquêtes.
Et il lâche une phrase lourde de sens :
« On a les moyens au niveau de la justice, et on n’hésitera pas à les employer. »
Le message est clair : il ne veut pas d’un parquet spectateur. Il veut un parquet acteur.
Cybercriminalité : prudence, mais moyens limités
Sur la cybercriminalité, Underwood se veut mesuré : oui, c’est inquiétant. Oui, l’axe cyber est déjà concentré sur la pédocriminalité. Oui, le cyberharcèlement fait partie des priorités.
Mais il ajoute un point rarement assumé publiquement : les moyens sont “assez limités”.
Il ne dramatise pas. Il préfère « prévenir que guérir ». Pour l’instant, il dit ne pas être inquiet sur les cyberattaques.
Indépendance : la séparation des pouvoirs comme bouclier
À ceux qui craignent les pressions politiques, il répond sans détour : la séparation des pouvoirs suffit.
Il n’est pas nommé par le gouvernement, ni par un maire. Il est nommé par un ministère auquel il ne rend « aucun compte ». Le seul à qui il rend des comptes : le juge.
Il ajoute disposer de ses propres fonds et moyens. Dans sa bouche, l’indépendance n’est pas une valeur, c’est un fait.
Transparence : tout divulguer… sauf ce que la loi interdit
Sa doctrine est simple : divulguer tout ce qui peut l’être légalement. Pas de dissimulation, pas de “caché”. Il rappelle que le parquet défend l’intérêt de la société, pas des intérêts privés.
La limite ? Le secret et le cadre légal.
Cette promesse de transparence est une ligne de crête : elle sera testée dès la première affaire sensible.
La décision la plus difficile : quand le juge balaie tout
Il confie que toute décision peut devenir difficile, car elle engage sa responsabilité. Mais le pire, à ses yeux : présenter un dossier au procès et le voir complètement réfuté.
Ce n’est pas seulement perdre un dossier. C’est perdre la crédibilité du travail mené.
L’affaire toxique : le non-dit qui le poursuit
Quand on lui demande ce qui a été le plus difficile dans sa carrière, il quitte le terrain des principes et bascule dans le vécu.
Une affaire de déversement de déchets toxiques dans un lac. Une population touchée par des cancers. Une entreprise en cause.
Il refuse de citer le lieu et les noms. Mais il lâche l’essentiel :
Les consignes données n’ont pas permis d’aller au bout, ni de représenter l’intérêt de la société.
Il parle de conséquences graves, humaines et écologiques. Il avoue que cette affaire l’a empêché de dormir pendant des mois. Et surtout : elle a fait partie de ce qui l’a conduit à partir.
C’est, dans tout l’entretien, le passage le plus révélateur. Celui où l’homme s’expose.
Ce que révèle Underwood et ce qu’il garde
Abraham Underwood arrive avec un discours construit : rigueur, pédagogie, tolérance zéro sur les crimes majeurs, parquet acteur, transparence.
Mais au-delà de la communication, deux signaux ressortent :
- une ambition assumée, presque revendiquée comme un moteur ;
- un épisode marquant, qu’il présente comme un tournant : de quoi revoir sa trajectoire, tirer des leçons du passé et ne plus reproduire les mêmes erreurs.
Il reste à voir comment cet équilibre tiendra face à la réalité du terrain : dossiers complexes, contraintes politiques indirectes, limites de moyens, notamment en cyber, et premières affaires médiatiques.
Une chose est certaine : Underwood n’est pas venu pour occuper un poste. Il est venu pour marquer une institution.
Le Weazel News poursuivra cette enquête et reviendra sur les premières décisions du procureur Underwood, ainsi que sur la mise en place de son bureau d’enquête interne.